Revue Droit, Justice et Gouvernance publique

DJG est une revue scientifique en accès ouvert publiée par les Presses universitaires de l’Institut Universitaire des Sciences (P‑IUS). Revue semestrielle (2 numéros par an). Elle publie des travaux originaux évalués par les pairs, des dossiers thématiques et peut également accueillir des monographies (ouvrages) ou volumes collectifs académiques.

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Vol. 1 No 1 (2025): État de droit en tension en Haïti

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Vol. 1 No 1 (2025): État de droit en tension en Haïti

Ce premier numéro de Droit, Justice et Gouvernance publique explore les failles contemporaines de l’État de droit en Haïti à partir d’un fil directeur : lorsque l’insécurité s’installe durablement, ce sont à la fois la justice, la gouvernance et la cohésion démocratique qui se trouvent fragilisées. Les articles réunis articulent ainsi l’analyse de la criminalité, les conditions d’une justice indépendante, les paradoxes de la démocratie haïtienne et les recompositions du droit positif face aux pratiques sociales.

Un premier ensemble de contributions s’attaque au phénomène criminel et à la montée de l’insécurité, en soulignant leurs déterminants institutionnels et territoriaux. L’étude sociojuridique de la criminalité mobilise la théorie de l’imbrication territoriale pour montrer que les dynamiques de violence ne relèvent pas seulement du local : elles se nourrissent d’interactions entre niveaux local, national et international, et mettent à l’épreuve les cadres existants du droit international pénal. Dans le même esprit, l’article consacré à la résolution de l’insécurité insiste sur les conditions politiques et juridiques d’une sortie de crise, en plaçant au centre le principe d’indépendance judiciaire, mais aussi la question plus large de l’autodétermination et de la réforme des relations internationales.

Un deuxième axe examine les fondations juridiques de l’indépendance de la justice, à travers le rôle structurant de la magistrature. En revenant sur l’architecture normative du pouvoir judiciaire en Haïti, l’analyse met en évidence les limites des textes relatifs à la nomination et au contrôle des magistrats, et souligne la dépendance sous-jacente vis-à-vis de l’exécutif. La thèse défendue est claire : sans une magistrature réellement indépendante, l’indépendance proclamée de la justice reste fragile, voire inachevée.

Un troisième axe élargit la discussion à la gouvernance démocratique et à ses contradictions. À partir de la théorie de l’incompatibilité des choix publics, un article analyse les mécanismes d’exclusion des masses rurales, montrant comment les structures institutionnelles et certaines pratiques d’élites contredisent les objectifs déclarés de participation citoyenne. La démocratie apparaît alors comme un système en tension, où la réforme des choix publics est présentée comme une condition de solutions plus inclusives.

Enfin, le numéro ouvre une perspective essentielle sur le pluralisme juridique et l’adaptation du droit aux réalités sociales, avec l’étude consacrée au plaçage. En discutant la coexistence entre droit importé et pratiques coutumières, l’article propose de dépasser une opposition stérile entre monisme et dualisme, et d’envisager le plaçage comme une catégorie juridique à part entière, notamment au regard des enjeux patrimoniaux et familiaux.

En réunissant ces contributions, ce premier numéro propose une lecture exigeante mais cohérente : réaffirmer l’État de droit en Haïti suppose de traiter l’insécurité à ses racines, de consolider l’indépendance effective du pouvoir judiciaire, de corriger les choix publics qui produisent l’exclusion, et d’assumer un pluralisme juridique capable d’intégrer les pratiques sociales sans renoncer aux principes fondamentaux.

Publiée: 30-06-2025